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La Réunion: Un tourisme à tirer vers le haut

Un excellent article paru dans l’Express, il y a un an mais qui toujours d’actualité:

Pour développer ce secteur de croissance, la Réunion doit conquérir de nouveaux marchés et miser sur le haut de gamme.volcan reunion tourisme 242 300x192 La Réunion: Un tourisme à tirer vers le haut

Le chikungunya aura-t-il servi d’électrochoc au tourisme réunionnais? Avec 130 000 touristes de moins en 2006, l’épidémie a fait chuter la fréquentation à son niveau de 1994. Mais elle a aussi révélé au grand jour la crise structurelle d’un secteur qui reste le principal vecteur de la croissance de l’île.

Au-delà de la régression des indicateurs (qui ont, depuis, amorcé une nette reprise), “il faut admettre que la Réunion accumule les faiblesses”, diagnostique Odit France, dans son “Plan de relance du tourisme à la Réunion”, rédigé à la demande du Premier ministre. Dans ce rapport sans concessions livré à la fin de 2006, les experts de ce groupement d’intérêt public ont pointé la “forte dépendance du tourisme métropolitain (80,6% en 2005), un positionnement sans identité affirmée, une offre incomplète et inadaptée à la clientèle à hauts revenus, un patrimoine méconnu et une absence de produits phares”.

Avec le Piton de la Fournaise, et d’autres attractions, la Réunion est une île spectaculaire, qui doit tout de même continuer à développer le tourisme.

L’île “à grand spectacle”, “intense” ou “à sensations”, comme on a pu vanter ce territoire de seulement 60 kilomètres de diamètre, n’a pas attiré jusqu’ici plus de 432 000 touristes annuels (record de 2003), quand sa voisine Maurice en a accueilli… 907 000 l’an dernier. Il est vrai que “l’île soeur” déroule, sur un territoire un peu plus petit, quatre fois plus de plages (160 kilomètres, contre 40). “La Réunion est le paradoxe des destinations îliennes: les plages y sont peu nombreuses, peu accueillantes, surfréquentées, l’océan y est assez dangereux”, note encore le rapport, rappelant au passage “qu’un touriste ne fait pas 10 000 kilomètres pour aller sur une île tropicale sans que le balnéaire participe à la décision”.

A défaut de pouvoir tout miser sur le “bleu”, la Réunion s’enorgueillit de posséder un “vert” exceptionnel: une nature grandiose, mêlant volcan actif, cirques montagneux et forêts primaires, qui bénéficie aujourd’hui du label “parc national” et fait l’objet d’une demande de classement au Patrimoine mondial de l’Unesco. Mais ces atouts propices aux activités de plein air restent insuffisamment valorisés. Quant au patrimoine culturel, riche des apports des multiples migrations (d’Europe, d’Afrique, de Chine, d’Inde) qui ont forgé le peuplement de l’île, il demeure “confidentiel hors de la Réunion”.

Les professionnels du tourisme se tournent vers les politiques

Comment sortir de ce tourisme “ronronnant”, selon l’expression de Katherine Chatel, représentante locale du Syndicat national des agences de voyage (Snav) au sein de l’association Ile de la Réunion tourisme (IRT), qui regroupe les partenaires politiques, institutionnels et professionnels du secteur ? S’il convient de développer des produits mieux identifiés et d’opérer un “saut qualitatif”, insiste le président de l’IRT, Pierre Vergès, Odit prescrit surtout de miser sur le haut de gamme. Il s’agit d’attirer plus de touristes “d’agrément”, au niveau de dépenses bien supérieur à celui des touristes “affinitaires” (qui viennent visiter des parents ou des amis). Sans négliger ces derniers, qui représentent près de 1 touriste sur 2, ce sont les premiers “qui, probablement, participent le plus au financement de l’économie locale (hôtels, restaurants, activités…)”, observe l’Insee. Ce sont eux, aussi, qui, à l’opposé du tourisme de masse, sont les moins sensibles au coût du transport aérien. Outre investir d’autres marchés européens (à commencer par le poids lourd allemand), les orientations stratégiques préconisent d’exploiter le potentiel mauricien grâce à des produits combinés, d’élargir la desserte aérienne régionale et, à terme, de cibler la clientèle asiatique – ce qui suppose d’aplanir l’obstacle des visas, source de crispations entre la région et l’Etat.

Encore faut-il, au préalable, proposer une offre d’hébergement suffisante -autant en quantité qu’en qualité. Une exigence jugée aujourd’hui prioritaire. Le parc hôtelier, qui compte un peu plus de 11 000 lits, stagne depuis plusieurs années. L’île compte seulement cinq quatre-étoiles. “Nous n’avons que 2000 chambres classées. Pour exister sur la scène internationale, il nous en manque 4000″, calcule Christian Wolff, président de l’Union des hôteliers de la Réunion, sceptique quant aux chances d’y parvenir sans l’intervention de groupes de stature internationale. Trouver le foncier nécessaire, alors qu’il se montre déjà rare pour les entreprises, n’est pas chose facile. Entre les propriétés des collectivités, des administrations et de l’armée, il existe cependant des terrains potentiels, les pieds dans l’eau. Dans le coeur du parc national, notamment autour du volcan, la loi n’interdit plus d’installer, à titre dérogatoire et en minimisant autant que possible l’impact sur l’environnement, des infrastructures de type “écolodge”, indique Olivier Robinet, directeur du parc national de la Réunion.

Au bout du compte, tout estsûrement affaire de volonté politique, insistent à l’unisson les professionnels du tourisme locaux. “Pour le moment, il y a un problème de gouvernance”, déplore Christian Wolff, en dénonçant le “parcours du combattant” administratif qui guette les porteurs de projet. Etre à la fois “une île ouverte sur le monde et qui garde ses racines”, comme le souhaite le président de l’IRT, semble encore receler une contradiction. La résoudre permettra peut-être d’atteindre l’objectif ambitieux qu’a défini la région, il y a quatre ans, dans son schéma de développement et d’aménagement touristique: accueillir 1 million de touristes à l’horizon 2020.

Source l’Express

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